Gaspar D’Allens qui est journaliste et auteur de plusieurs enquêtes sur le monde agricole et l’écologie a publié un ouvrage, « mains basse sur nos forêts », dans lequel il décrit comment nos forêts se transforment doucement en industrie forestière.

Il nous parle notamment du Morvan qui était à l’origine un massif couvert de forêts de feuillus.

Lac de Pannecière, près de Château-Chinon.
Lac de Pannecière, près de Château-Chinon.

L’exemple du Morvan

En 1946 est lancé le fond forestier national qui a l’objectif de moderniser la filière sylvicole. Résultat : 2 millions d’hectares de résineux ont été plantés sur des forêts de feuillus. Dans le Morvan par exemple, les plantations de résineux représentaient déjà 23% des surfaces boisées dans les années 70. Trente ans plus tard, nous étions à 50%. Depuis, les forêts de feuillus continuent d’être abattues ! Le pourquoi est simple à comprendre.

Les douglas qui sont plantés dans le Morvan sont coupés à l’âge de 35 ans. Impossible d’avoir des durées si courtes avec le Chêne ou le Hêtre ! On comprend vite l’intérêt pour les financiers.

Voici une photo publiée par Autun-Morvan Écologie, une des nombreuses associations qui se bat pour protéger les forêts naturelles du massif de l'industrie forestière.
Voici une photo publiée par Autun-Morvan Écologie, une des nombreuses associations qui se bat pour protéger les forêts naturelles du massif de l’industrie forestière.

Beaucoup d’investisseurs ont vu à cette époque l’intérêt que pouvait représenter ce marché. Et ils se sont donc accaparés les terres. La caisse des dépôts à par exemple acheter 120 000 hectares de forêts. La caisse d’épargne a planté 2000 hectares de résineux dans le Morvan. Et AXA assurance environ 1200. Cette même compagnie d’assurance est aujourd’hui un des premiers propriétaires forestiers d’Europe. Globalement, il faut savoir que 50% des forêts françaises sont détenus par 3% de la totalité des propriétaires. Et il faut savoir que l’investissement dans la forêt est une niche fiscale très intéressante qui attire donc de nombreux investisseurs.

Mais quel est le problème me direz-vous. On enlève des arbres pour en planter d’autres finalement !

Un épuisement des sols des zones forestière

Le premier problème est que les douglas sont coupés à l’âge de 35 ans alors qu’ils sont en pleine croissance. Ils atteignent l’âge adulte à 80 ans environ. Or, durant cette phase de croissance intensive, l’arbre va puiser beaucoup de minéraux dans le sol. Dans un cycle normal, il pourrait redonner les minéraux au sol une fois adulte, puis en fin de vie, lorsque l’arbre retournerait au sol. Mais s’il est coupé jeune et transporté hors de la forêt, le sol ne pourra retrouver son capital et va petit à petit s’appauvrir.

Une acidification des sols

Ce n’est pas tout. Les aiguilles de résineux qui tombent au sol rendent, ce dernier, acide.

Les résineux sont présents dans les forêts naturelles de nos climats tempérés, souvent dans des proportions de l’ordre de 20%. Dans cette configuration, les aiguilles se mélangent au sol avec les feuilles des autres arbres et ce problème d’acidification des sols n’existe pas dans les zones qui sont à l’origine forestière. Mais dans le cas des plantations industrielles, on a 100% de résineux. Cela provoque un énorme déséquilibre au niveau des apports de matière organique au sol. Et c’est ce qui conduit à une forte acidité des sols. Les conséquences ? Presque plus rien ne pousse. Il y a donc une énorme baisse de la biodiversité.

Forêt avec son sol couvert de mousse, et donc de biodiversité
Zone forestière avec son sol couvert de mousse, et donc de biodiversité

Une érosion accrue

Une bonne gestion de la forêt serait de prélever un nombre limité d’arbres tout en maintenant l’écosystème en place afin de perturber le moins possible les équilibres.

Le principe des plantations de douglas fait exactement le contraire. On part d’un sol nu puis on plante tous les arbres en même temps, afin de les couper tous en même temps. Ainsi, on fait venir les machines une seule fois et on optimise le système. Cela provoque des terres désertiques comme celle que l’on voit sur la photo plus haut.

Il faut savoir que les forêts ont un rôle majeur dans la gestion de l’eau sous nos climats. Elles permettent en effet d’infiltrer les eaux pluviales dans le sol grâce aux racines entre autres, et permet d’éviter l’érosion en retenant l’eau dans les terres afin que nos sols fertiles ne soient pas emportés dans les rivières. Après une coupe rase de la forêt, c’est tout le contraire qui se passe. Plus rien ne retient les eaux de pluies qui dévalent les pentes des massifs, emportant avec eux le sol forestier qui se retrouve dans les eaux boueuses des rivières. Les rivières s’envasent, les frayères où pondent les poissons se bouchent, et on ne peut que constater une chute de la biodiversité aquatique.

Ce phénomène est encore accentué par les énormes machines qui peuvent atteindre 30 tonnes utilisées pour ces travaux. Elles tassent le sol le rendant presque comme du béton, ce qui favorise davantage le ruissellement des eaux et donc l’érosion.

Une gestion toxique des zones forestière

France Bleu nous apprend qu’en 2017, 2000 hectares de forêts des landes ont été aspergés de glyphosate. L’intérêt est de « nettoyer » les allées entre les pins. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’existe pas de réglementation contre le déversement des produits toxiques sur les plantes sauvages. Un autre exemple, dans le Limousin, le Suxon Forest, un insecticide qui contient des molécules dont la suspension d’utilisation sur les champs de tournesol a été prononcée en France du fait de leur effet néfaste sur la biodiversité. Et d’après le président de l’association « nature sur un plateau », on répand 6 fois plus de cet insecticide sur un hectare de forêt que sur un hectare de tournesol. Nous pouvons imaginer les conséquences désastreuses de ces pratiques.

Et elles pourraient se généraliser à toutes les forêts. En effet, les pratiques de monoculture créent un contexte favorable aux ravageurs et on entre alors dans un cercle vicieux. On traite les ravageurs avec des produits toxiques, ce qui détruit la biodiversité forestière et donc un risque accru d’avoir de nouveaux ravageurs. C’est en effet la biodiversité qui est le gage de la bonne santé de nos arbres !

En plus des insecticides, les forestiers déversent des engrais phosphatés dans leur plantation ; Or une partie de ces engrais est emportée par les eaux pluviales dans les cours d’eau et les lacs, entraînant la prolifération des algues.

Des solutions pour la survie de la biodiversité forestière ?

Elles sont bien sûr nombreuses. Comme souvent, l’industrie nous fait croire que cette façon de faire est la seule compatible avec nos besoins. Ce sont les mêmes arguments que pour l’agriculture industrielle.

La forêt est un écosystème complexe et indispensable sous nos climats. Sans la forêt, les sols ne peuvent être retenus et notre pays va se transformer petit à petit en désert. Notre seule solution est d’arriver à vivre en bonne intelligence avec la forêt, dans une relation de partenariat gagnant/gagnant. Nous pourrons alors prélever de quoi subvenir à nos besoins tout en maintenant l’harmonie en place. Il se pourrait même que nous puissions être un gage d’une très forte biodiversité forestière. Vous connaissez peut-être les conséquences de la réintroduction du loup dans le parc de Yellowstone ? En quelques années, la biodiversité a fortement augmenté, le couvert forestier s’est développé et l’érosion a été ralentie.

Est-ce qu’il n’en ait pas de même pour l’humain ? Notre réintroduction dans la forêt avec cette intention de nous intégrer en douceur dans l’écosystème n’aurait-elle pas aussi comme conséquences d’augmenter la biodiversité, de refaire pousser des forêts dans les écosystèmes que nous avons dégradé, de ralentir l’érosion et ainsi de conserver notre capital sol ?

A nous de choisir quel monde nous faisons aujourd’hui pour demain !

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