Geneviève Michon est Ethnobotaniste spécialiste des relations des sociétés aux forêts et de la permaculture. Elle nous conte la vie d’Hederus, agriculteur en Indonésie dans le Pesisir. Elle a pu suivre les pratiques agricoles dans cette région dans laquelle on cultive le Dammar, un grand arbre duquel on extrait une résine utilisée en parfumerie, mais aussi du café, du cacao, du poivre, …

La mise en place du système commence par un abatis ; Tous les arbres sont coupés sur une espace donné puis brulé. A la saison des pluies, le riz est planté directement sur l’abatis. Au milieu du riz sont planté les premiers arbres pionniers du système : caféier, poivrier, bananiers, papayers, durians, …

Après 3 ou 4 années, la culture de riz et abandonnée au profit du café, du poivre, du cacao, … qui commencent à donner leurs fruits. 

C’est donc à cette période que les dammars sont plantés en forêts. Ils ont besoin d’ombre pour pousser et la présence de jeunes arbres sur le terrain lui conviennent très bien.

C’est seulement après 15 ou 20 ans qu’il pourra alors commencer à récolter la résine des Dammars. 

jardins forêts en indonésie
jardins forêts en indonésie

Durant toute ces années, la végétation spontanée va se développer. Le travail de cet agriculteur consistera à venir régulièrement dans la forêt pour entretenir des chemins, veiller à ce que ces arbres de productions ne soient par envahis par des lianes et récolter les fruits. Il va aussi sélectionner certains arbres qui sont arrivés spontanément mais qui peuvent être intéressants.

A ce stade, la végétation spontanée peut atteindre 50% du couvert total des jardins forêts, et on peut y rencontrer la plupart des grands mammifères forestiers de la région.

Après 60 ans, les dammars commencent à tomber. Ceci permettra de recommencer le système.

On voit bien comment les principes vus dans le chapitre précédent peuvent s’appliquer. Le riz et les premiers qui permettent une première phase de la forêt, puis les grands arbres qui prennent le relais, et enfin la perturbation qui va boucler le cycle. Par ailleurs, les espèces plantées remplissent tous les étages de la forêt pour augmenter la photosynthèse et donc la production.

Pour illustrer cela, voici ce que l’on peut trouver dans ce jardin forêt :

Ce jardins forêts permet non seulement un modèle économique viable, mais en plus pour cette famille une autonomie pour de nombreuses ressources.

On peut imaginer qu’avec le démarrage tous les 4 ou 5 ans d’une nouvelle parcelle, on produise donc en permanence du riz, du café, du dammar et toutes les autres plantes de ce jardin. Et on aboutit à un système composé de jardin ayant tous des âges différents et donc chacun dans une dynamique propre. Et l’abatis sera la perturbation principale qui va ainsi entretenir la dynamique de cet écosystème.

Ce n’est pas une agriculture avec une vision à un an comme la nôtre, mais qui se transmet de génération en génération. 

Comme nous l’avons déjà dit à d’autres occasions, les systèmes agricoles les plus efficaces à long terme sont finalement ceux qui vont dans le sens de la nature. Pendant que l’observation de la nature sous nos climats, à de rares exceptions, nous montre que les écosystèmes évoluent vers des forêts. 

Or dans notre agriculture, nous avons plutôt tendance à supprimer les forêts pour arriver à des champs de céréales, paysages plutôt présent dans les climats de steppes. Ne pourrait-on pas comme ces paysans du Pesisir imaginer des systèmes agricoles qui s’inspireraient des forêts tempérés pour produire notre nourriture ? 

C’est de cette réflexion que naissent aujourd’hui des jardins forêts partout en France et dans le monde. Et c’est ce que nous essayons de faire sur notre projet expérimental à l’ilot des Combes en Bourgogne. Peut-être que toutes ces expérimentations nous aideront finalement à trouver des modèles agricoles pour le monde de demain.

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