Que faire en hiver au jardin ?

Nous allons voir dans cet article comment la nature peut nous inspirer, à condition d’être connecté (pas à nos smartphones bien sûr !) . Nous allons découvrir des mécanismes complexes dans le sol, qui implique les végétaux, des animaux et bien sur des microbes. Et ce sont ces observations qui vont orienter notre travail afin de constituer des sols vivants.

Observez la nature et vous aurez la réponse !

A l’automne, la plupart des arbres ont laissé leurs feuilles. Celles-ci se retrouvent au sol pour être dégradées afin de récupérer les minéraux dont l’arbre a besoin (Azote, Phosphore, Souffre, …) ; Mais l’arbre en aura surtout besoin au printemps pour le redémarrage de la saison.

En effet, l’hiver est un moment ou la plupart des plantes sont au repos. Elles n’ont donc pas besoin de nutriments. Or si les minéraux sont libérés des feuilles en automne, ils risquent d’être emportés par les pluies et ne pas être présents au printemps.

Comment la richesse nutritive du sol est-elle conservée jusqu’au printemps ?

Pour le chêne par exemple, les feuilles vont se charger en tanin à la fin de l’été. C’est une des raisons du brunissement des feuilles.

Les tanins sont des molécules qui se fixent sur les protéines et créer de grosses molécules complexes qui contiennent du souffre, de l’azote, du phosphore et d’autres molécules végétales emprisonnées. Ces très grosses molécules ne sont pas emportées par les eaux de pluies. Et c’est donc un premier moyen pour garder la richesse nutritive du sol durant l’hiver.

Une autre stratégie nous vient aussi des tanins qui en se fixant sur les protéines ont la capacité de les désactiver. Lorsqu’un organisme consomme ces feuilles mortes, les tanins vont se fixer sur les protéines digestives, les désactivés et les rendre indigestes. Les feuilles vont donc passer l’hiver quasiment intacte faute de trouver des organismes capables de les digérer.

Au printemps arrivent toutes sortes d’animaux qui vont pouvoir s’attaquer à ces feuilles comme le criquet des bois. Pour se nourrir, il va découper les feuilles en petits morceaux et ainsi rompre les poches dans lesquelles les tanins étaient stockés. C’est alors toute la vie du sol qui va arriver pour profiter de cette nourriture. La décomposition est donc ralentie durant l’hiver par l’absence de toute une faune nécessaire à sa décomposition.

Différentes stratégies pour un même objectif : conserver la richesse nutritive jusqu’au printemps !

Que devient cette nourriture ?

Les plus petites molécules sont immédiatement assimilées par les microbes. Cela évite ainsi qu’elles soient emportées par les eaux de pluies.

Pour les constituants plus gros, ils sont souvent prédécoupés par les animaux. Une fois qu’ils ont fait leur travail de décomposition (et leurs crottes), des bactéries et des champignons spécialisés vont détruire les restes de matières organiques grâce à des enzymes « digestives » qu’elles émettent dans l’environnement. Ces enzymes vont découper les grosses molécules en plus petites capables d’être ingérer par les microbes.

Certaines molécules, comme la lignine (le bois) et les complexes formés par les tanins (dont on a parlé un peu plus haut) sont très difficile à dégrader et les enzymes ne suffisent pas. Certains champignons (on parle de pourriture blanche) peuvent produire des radicaux libres capable de se faufiler à l’intérieur de ces grosses molécules pour y casser des liens, ce qui libère de petits fragments assimilables par les microbes.

Que devient ces molécules ingérées par les microbes ? Une partie sert à produire de l’énergie et une autre partie sert à fabriquer les constituants de l’organisme (de nouvelles molécules par exemple). Ces réactions vont conduire à la formation de déchets : CO2, Azote, Phosphore, … qui vont être prélevé par les arbres !

C’est la minéralisation : Un processus qui remet dans l’environnement des éléments (Azote, Phosphore, Souffre, …) qui avaient été intégrés au préalable dans les molécules du vivant.

Mais voilà, ce n’est pas fini 😊

Certaines grosses molécules se dégradent très mal, soient car elles sont très complexes, ou car les conditions du sol sont défavorables, ou encore car elles sont apparues par l’association de tout un tas de molécules qui se sont retrouvés dans le sol. Elles ont des durées de vie qui varie du siècle au millénaire, du fait d’une décomposition très lente.

Vous les connaissez surement ! Ce sont les humus stables de nos sols.

Et ces humus vont s’associer avec l’argile et des minéraux du sol pour former ce qu’on appelle des complexes argilo-humique qui ont un double effet : ils donnent au sol une bonne structure et ils retiennent les minéraux (du fait de leurs charges négatives)

Et du coup, que fait-on dans mon jardin en hiver ?

  • La première chose est d’apporter de la nourriture pour toute la vie du sol. Et notamment des feuilles mortes.
  • Planter des arbres en plus de mes arbres fruitiers, fruits rouge ou légume pour produire des feuilles et recouvrir le sol sans intervention de ma part
  • Faire en sorte de préserver une nature la plus sauvage possible afin que tous les acteurs de cette chaine soient présents (en notamment le criquet des bois !)
  • Et faire en sorte de préserver la vie du sol, et notamment les champignons ; Donc on ne laboure pas sans raison valable, on n’apporte pas d’engrais phosphaté, ni de molécules toxiques, on ne tasse pas le sol,
  • Et surtout, on nourrit nos champignons en apportant des copeaux de bois, des branches, des brindilles, des troncs, …

Concrètement, on peut récupérer des camions de feuilles mortes des copeaux ou tous déchets végétaux auprès des services municipaux ou des entreprises d’espaces verts par exemple, et on vient apporter cette matière à notre sol.

L’éthique de la permaculture nous dit de « partager les ressources ». Il faut prendre conscience qu’un jardin ne peut pas que remplir notre estomac. Il doit également remplir celui de toute la vie qui l’accompagne.

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